Via Rhona Episode 4

nombre de cyclistes chargés par le matériel du campeur, mais aussi des familles qui se promènent sous le soleil.

Il est 11h heures lorsque je commence a être dominé ou attiré par les fontaines de Cruas. La remontée vers ce nouvel objectif, le long du Rhône, se fait contre un fort vent de face. La route est agréable, mais les jambes commencent à ressentir la fatigue. Au final, les kilomètres s’enchainent et la curiosité de découvrir la centrale nucléaire de Cruas me détend. La section de la Via Rhôna autour de ce mastodonte est magnifique. EDF a dû y mettre du sien pour rendre la Via parfaitement bitumée et décorée de massifs colorés. Je serpente et contourne le site, passe devant le parking couvert de panneaux solaires, et termine par un jardin d’enfants. Je décide d’y faire une pause alors que des familles admirent leur progéniture grimper et courir à travers les jeux. Une table de pique- nique s’offre à moi, au devant d’une jolie vue sur la berge opposée du fleuve. Je m’installe, sors une demi-baguette et mes dernières gouttes d’eau.

C’est alors qu’une petite dame s’approche et me demande une partie du banc. Je l’accueille avec sourire, elle et sa canne, alors que plusieurs tables étaient libres. Elle s’installe avec difficulté, en m’annonçant que je rencontre une survivante!

  • -  Une survivante? C’est à dire...?

  • -  Je suis une survivante du Virus, du Covid.

  • -  Ah bon! Toutes mes félicitations!

    Et elle enchaine à me raconter son épopée, elle l’Alsacienne. Ses deux mois de coma, sa sortie de l’hôpital sans souvenir, sa rééducation chez sa fille. La peur de mourir et l’incroyable retour à la vie. Les pertes de mémoire et le soutien de ses proches. Cette mamie me parle de son mari défunt, ses petits-enfants avec qui elle aime voyager en duo... Sa vie de retraitée active qui s’est brisée sur le Plexiglas du virus masqué. Bref, elle me parle et j’écoute. Elle explique, je mémorise. Nous échangeons, je la félicite. Puis, elle s’en retourne vers sa demeure, boitillante et battante. Se retourne une dernière fois, souriante et pleine d’énergie, pour elle, pour moi.

    Il est temps de repartir moi aussi. Mais, je suis à plat. Non pas physiquement, mais mécaniquement. Mon pneu arrière a perdu toute sa vitalité, j’ai crevé. En m’approchant de la table, j’ai emprunté un chemin de cailloux, serait-ce le fautif? Bref, pas de chance, nouvelle réparation!

    Roue arrière... donc la plus complexe à enlever du cadre. Je décide d’alléger le vélo en ôtant mes bagages. Une dizaine de minutes de bricolage pour repartir à neuf. Le tout sans oublier de passer la main à l’intérieur du pneu pour vérifier si une épine n’était pas resté dedans.

    Il est 13h, il faut repartir direction Valence.

    Avant la préfecture drômoise, je dois traverser La Voulte-sur-Rhône, puis Le Pouzin. Sur ce tronçon, la Via Rhôna est agréable. Elle serpente entre les champs, les vergers garnis, les potagers particuliers, les prairies orangées, et quelques bras du fleuve. Une régalade de paysages, d’odeurs et couleurs. Quelques hameaux traversés, mais surtout des caravanes, ou des maisons de bric et de broc, entourés de potagers, tous plus beaux les uns que les autres. Je m’aperçois également que le kiwi tient une jolie place dans ce département. Nombreux sont les vergers d’actinidiers, cet arbre reconnaissable par son architecture de soutien qui engendre la création d’un tunnel cubique. L’alternance de pousses mâles et femelles permet la formation des kiwis. Bref, je n’aime pas le kiwi, donc je trace ma route jusqu’au prochain village. Celui-ci me permettra de recharger mes réserves d’eau épuisées. Un cimetière, un robinet, une photo et c’est reparti sur la Via. Les genoux commencent à grincer, le trajet doit se terminé aujourd’hui, j’aimerai garder mon mardi 14 juillet... 

 

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